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Le grand secret alchimique qui a permis de tout financer sans limite, sans éviction, sans hausse des taux – Partie 2

B. Bertez – [suite] C’est la grande loterie financière. Ce phénomène n’est plus seulement américain. Une immense bulle financière publique mondiale est en train de se constituer, portée par des conditions monétaires durablement laxistes.
John Law avait déjà entrevu ce mécanisme au XVIIIe siècle : il suffit de créer un cercle financier auto-entretenu.

Créer de la monnaie. Faire monter les actifs. Convaincre les acteurs que la hausse continuera. Et le cercle devient magique. Le mouvement paraît perpétuel. Bien sûr, des limites existent encore.

Les intérêts sur la dette américaine dépassent désormais les 1 000 milliards de dollars par an.
La dette publique pourrait atteindre 120 % du PIB dans la décennie à venir. Le marché des Treasuries montre des tensions croissantes. Mais, jusqu’ici, le système tient grâce à une croyance fondamentale : la certitude que la Fed interviendra toujours. C’est cette foi qui permet de financer du long terme avec du très court terme.

Keynes avait déjà compris qu’un système monétaire fondé sur le crédit pouvait fonctionner sans tension immédiate sur les taux si les agents développaient une préférence pour la liquidité. Autrement dit : tant que les individus préfèrent conserver ou recycler la monnaie plutôt que la dépenser dans l’économie réelle, l’inflation peut rester contenue malgré l’expansion monétaire. Notre époque a perfectionné ce mécanisme.
Il ne suffit plus de susciter la peur. Il faut susciter le désir de jouer.

La monnaie moderne devient attractive parce qu’elle donne accès à la Grande Loterie Financière : actions, options, cryptoactifs, intelligence artificielle, spéculation permanente. On crée alors une demande quasi infinie de monnaie en promettant des gains financiers quasi infinis. La Bourse devient une machine alchimique destinée à soutenir la demande pour une monnaie qui n’a plus d’ancrage réel.

C’est le monde flottant. La modernité financière repose finalement sur trois grandes ruptures.
La première est la disparition de la notion classique de valeur. Tout devient prix. Plus rien ne vaut intrinsèquement quoi que ce soit ; tout dépend du regard du marché.
La seconde est la monnaie fiat : la capacité illimitée des Etats et des banques centrales à créer du pouvoir d’achat tant que subsiste la confiance.
La troisième est la financiarisation généralisée : pour soutenir la demande de cette monnaie sans ancrage, il faut lui associer le rêve du gain, la promesse spéculative, le Jeu.
Ainsi naît le capitalisme contemporain : suspendu dans les airs, flottant sur la liquidité, porté moins par la production que par l’anticipation de la hausse des actifs.

Mais toute magie repose sur une croyance. Et si cette croyance se brisait — retour durable de l’inflation, retrait des investisseurs étrangers, crise politique ou perte de confiance dans les banques centrales — alors les anciennes lois pourraient brutalement réapparaître.
Le coût de la dette redeviendrait une contrainte. La gravitation reviendrait.
Et l’on redécouvrirait peut-être que les économies ont besoin, pour durer, de mécanismes d’ajustement réels : limites, discipline, contre-pouvoirs, équilibre entre profits et salaires, entre dette et solvabilité.

En attendant, le tas de sable continue de monter.

 

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