L’Iran va-t-il utilisé une nouvelle forme de levier stratégique : non plus le pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, mais les câbles sous-marins de télécommunications qui traversent la région ?
Ces infrastructures numériques sont devenues aussi importantes pour l’économie mondiale que les routes pétrolières traditionnelles.
Selon certains analystes, de nombreux câbles reliant l’Europe, l’Asie et les pays du Golfe passent à proximité des eaux iraniennes. Une situation qui donnerait à Téhéran une capacité potentielle de perturbation, non seulement en endommageant les câbles, mais surtout en compliquant ou en retardant leur réparation.
Le véritable pouvoir des Gardiens de la révolution résiderait dans la capacité à empêcher le rétablissement rapide des communications plutôt qu’à couper physiquement les liaisons. Il y a eu des précédents en mer Rouge, où plusieurs câbles sous-marins ont subi des dommages ayant nécessité de longs délais de réparation. Ces événements sont un exemple de la vulnérabilité des infrastructures numériques mondiales face aux crises régionales.
Est-ce que l’Iran va chercher à transformer cette vulnérabilité en instrument de pression géopolitique ? Trois scénarios sont évoqués :
1) des interruptions indirectes ou des dommages attribués à des accidents maritimes ;
2) l’imposition d’autorisations ou de redevances pour certaines opérations liées aux câbles ;
3) dans le scénario le plus extrême, une tentative d’obtenir un accès accru aux infrastructures de communication régionales.
On peut parler de blocus numérique susceptible d’exercer une pression économique importante sans recours à une confrontation militaire conventionnelle.
Quels sont les éléments généralement admis ?
1) les câbles sous-marins transportent effectivement l’essentiel du trafic Internet international ; 2) le détroit d’Ormuz et la région du Golfe constituent des zones importantes pour plusieurs réseaux de télécommunications ; 3) les câbles sont vulnérables aux accidents, aux ancres de navires et aux conflits régionaux ; 4) les réparations peuvent parfois prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois.
En revanche, il existe des questions légitimes à une telle opération.
Est-ce que l’Iran serait en mesure d’imposer un contrôle durable sur les flux numériques mondiaux ? Est-ce que l’Iran pourrait exiger systématiquement des taxes de protection aux opérateurs internationaux ? Est-ce que l’Iran disposerait d’une capacité réaliste à obtenir les clés de chiffrement ou à installer des systèmes d’écoute sur les principaux réseaux internationaux ? Est-ce que les Etats-Unis ou Israël seraient dépourvus de moyens de réponse ?
En tout cas, on évoque là une idée intéressante : dans les conflits modernes, les infrastructures numériques peuvent devenir aussi stratégiques que les infrastructures énergétiques. Les leaders iraniens vont-ils utiliser leur position géographique pour exercer une influence disproportionnée sur les communications internationales transitant par le Golfe ?
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