TEMOIGNAGE INEDIT
DU PERE MALACHI MARTIN
Nous abordons cette étude par le témoignage du Père Malachi Martin, qui a eu l’extrême obligeance de signer ses déclarations. Comme il fut secrétaire du cardinal Bea, et que ce dernier a joué un rôle majeur dans la fondation de la nouvelle “église conciliaire[1]”, ainsi que dans l’exécution du plan des ennemis de l’Eglise, son témoignage est à la fois d’un grand intérêt et d’une gravité extrême. C’est pourquoi nous éviterons de citer les noms des personnes directement concernées par cette enquête; sauf, bien sûr, le Père Malachi Martin lui-même. Certains nous ont dit ne pas être trop d’accord avec quelques affirmations du Père. Nous faisons remarquer qu’il faut distinguer, dans ce témoignage, les événements qu’il relate de ses opinions personnelles, que l’on n’est pas obligé de suivre. Ce qui nous a semblé important dans le cadre de cet ouvrage, ce sont les faits objectifs qu’il rapporte. En tout cas, ce témoignage sera conforté par d’autres faits que l’on trouvera dans cet ouvrage.
Tout commence par un article intitulé « Le pape serait-il le cardinal Siri ? » signé L.H. Rémy, dont voici la reproduction :
« Dans un de ses écrits, le Prince Scortesco, cousin germain du Prince Borghèse, Président du Conclave ayant élu Montini au Pontificat suprême, donne les renseignements suivants concernant le conclave du 21 juin 1963 : “Pendant le Conclave, un cardinal sortit de la chapelle Sixtine, rencontra les représentants du B’naï B’rith[2], leur annonça l’élection du cardinal Siri. Ils répondirent en lui disant que les persécutions contre l’Eglise reprendraient de suite. Retournant au conclave, il fit élire Montini”.
Rendant visite à Monsieur de la Franquerie, en novembre 1984, avec mon ami Francis Dallais, nous reparlâmes de ce grave problème. Monsieur de la Franquerie, en 1963, était en relation suivie avec de nombreux prélats romains, et il nous confirma avoir entendu des confidences de gens sûrs et bien informés ayant eu connaissance de ces faits.
Nous décidâmes, pour en avoir le cœur net, d’aller voir le cardinal Siri à Gênes. Monsieur de la Franquerie ayant eu l’occasion dans le passé de le rencontrer et d’avoir avec lui d’aimables entretiens, lui écrivit pour lui demander audience; ce que le cardinal nous accorda le vendredi suivant l’Ascension 1985.
C’est ainsi que le 17 mai 1985, nous nous retrouvions chez moi à Lyon, Monsieur de la Franquerie et Francis Dallais. La soirée fut merveilleuse. J’avoue que je suis sensible au charme très vieille France de notre cher marquis et que nous avons passé, jusqu’à une heure très avancée dans la nuit, des moments inoubliables à l’écouter nous raconter ses souvenirs d’une vie féconde et bien remplie. Que ce soit ses souvenirs sur Monseigneur Jouin, sur le Maréchal Pétain ou sur Pie XII, Monsieur de la Franquerie est intarissable et passionnant.
Le lendemain matin, nous sommes partis tôt pour Gênes où le cardinal nous attendait vers 10 heures et nous accorda une audience de deux heures. Nous fûmes reçus avec beaucoup d’attention dans le magnifique Palais épiscopal de Gênes. Le cardinal qui parle très bien le français, fut chaleureux, attentif et d’une courtoisie propre à ces gens, grands par la fonction, mais plus encore par le cœur.
S’engagea alors un dialogue entre ces deux respectables personnes dans un langage diplomatique que je ne connaissais pas et qui est d’un charme, d’une délicatesse, fruit de l’éducation de centaines d’années, et malheureusement disparu de nos jours.
Ils parlèrent de plusieurs problèmes actuels ou passés, inutiles à retracer aujourd’hui. Pour ce qui nous concerne, nous avions convenu la veille au soir, de parler d’abord de la sortie, lors du Conclave, du cardinal Tisserand. Rappelant donc cette histoire, la réaction du cardinal Siri fut nette, précise, ferme et indiscutable : “Non, personne n’est sorti du Conclave”. Il ne peut témoigner que de ce qu’il a vu et non pas de ce qui aurait pu se passer dans son sommeil ou dans son dos. Mais ce qui a retenu notre attention, c’est cette fermeté, ce NON catégorique du cardinal.
Quelques instants plus tard, lui demandant s’il avait été élu pape, sa réaction fut complètement différente. Il commença par rester longuement silencieux, il éleva les yeux au ciel avec un rictus de douleur et de peine, joignit les mains et dit, pesant chaque mot avec gravité : “Je suis tenu par le secret”. Puis, après un long silence, lourd pour nous tous, il reprit : “Je suis tenu par le secret. Ce secret est horrible. J’aurais des livres à écrire sur les différents conclaves. Des choses très graves se sont passées. Mais je ne peux rien dire”.
Réfléchissons. S’il n’avait pas été élu pape, il l’aurait dit avec autant de promptitude et de fermeté qu’à la question précédente. Ayant été élu, il ne pouvait le dire, tenu par le secret, et, ne pouvant mentir, il s’est retranché derrière ce secret.
En fait, il s’avère que j’ai dans mes proches quelqu’un qui le côtoie de près et qui m’a assuré que le cardinal leur a dit avoir été élu pape deux fois : à la place de Paul VI, et à la place de Wojtyla. La première fois il aurait refusé, la seconde on l’aurait obligé de refuser sous menace de schisme !
Pour les trois témoins que nous fûmes, nous sommes repartis très ébranlés et pratiquement convaincus de son élection.
Et alors se posent de graves questions. A-t-il démissionné ? L’a-t-on forcé à démissionner ? Qu’en est-il de ces élections ? Quels lourds secrets pèsent sur lui ?
Lors du dernier Synode, il resta quelques heures et repartit. Malgré son âge avancé et le fait qu’il ait dépassé 75 ans, il n’a pas donné sa démission et on ne l’a pas exigée.
Alors ? Dernier cardinal nommé par Pie XII, nous laissons aux historiens et aux théologiens le soin d’étudier ce problème à fond et d’y répondre. Nous laissons simplement ce grave témoignage » (“Sous la Bannière”, n°6, juillet/août 1986).
Dans la semaine qui suivit la parution de cet article, Monsieur de la Franquerie reçut deux appels téléphoniques de Rome, prouvant que même une petite revue très confidentielle était lue au Vatican. Les correspondants voulaient savoir si l’article était sérieux, ce que Monsieur de la Franquerie leur a confirmé.
L’article fut ensuite traduit en anglais, en allemand, en espagnol, en italien et diffusé partout, si bien qu’un jour un prêtre demanda un rendez-vous au directeur de la revue. Ce prêtre était envoyé par le Père Malachi Martin, Jésuite, habitant New York.
Il le rencontra pour lui faire savoir de la part du Père Malachi Martin, présent en qualité d’interprète aux derniers conclaves (parlant plusieurs langues), que ce qu’il avait écrit était vrai.
Il compléta cette information par un élément important : à savoir que Malachi Martin dut traduire un message destiné au cardinal Siri, lequel contenait exactement cette phrase :
« SI VOUS ACCEPTEZ LE PONTIFICAT NOUS ENGAGEONS DES REPRESAILLES CONTRE VOTRE FAMILLE ».
Courant mai 1996, un de nos amis, se trouvant pour quelques mois aux Etats-Unis, en profita pour aller voir le Père Malachi Martin. Il eut l’initiative de lui poser par écrit quelques questions.
Voici donc le rapport des visites, les questions et les réponses telles qu’elles nous sont parvenues[3].
[1] C’est la dénomination que le cardinal Benelli utilisa pour désigner l’église issue du Concile. Le cardinal Wojtyla, dans son livre “Signe de contradiction”, lui donne le nom d’“église post-conciliaire”.
[2] « Le B’naï B’rith, qui veut dire Fils de l’Alliance en hébreu, est la première organisation juive mondiale. C’est à la fois la plus ancienne, la plus nombreuse et sans doute la plus influente. Fondée en 1843 aux Etats-Unis, cette société secrète para-maçonnique exclusivement réservée aux juifs comprend plus de 550 000 Frères et Soeurs dans une cinquantaine de pays » (“Les guerriers d’Israël”, Facta, 1995, p.415). Lire aussi le remarquable ouvrage de Mr. E. Ratier : “Mystères et secrets du B’naï B’rith”.
[3] On peut faire parvenir au lecteur qui le souhaiterait les photocopies des réponses manuscrites en anglais, signées par le Père Malachi Martin.

https://www.liesi-delacroix.eu/l-eglise-eclipsee-