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Le grand secret alchimique qui a permis de tout financer sans limite, sans éviction, sans hausse des taux – Partie 1

B. Bertez – Dans les temps anciens, avant que nous ne nous envolions dans le monde de la finance imaginaire, certaines croyances paraissaient indiscutables. Plus un Etat empruntait, plus l’argent devenait rare et cher. Plus les déficits publics augmentaient, plus ils évinçaient les emprunteurs privés du marché du crédit. Et il existait, disait-on, des “bond vigilantes”, ces gardiens sévères des équilibres budgétaires, prêts à sanctionner toute dérive excessive des Etats. C’était le temps de la gravitation économique, des limites, des contraintes. Le temps où l’on croyait encore qu’il fallait bien que quelqu’un épargne avant qu’un autre puisse dépenser.
Mais cela appartenait à l’ancien monde.

Aujourd’hui, nous vivons dans un univers inversé où l’endettement nourrit l’endettement, où les déficits soutiennent les marchés, où l’on marche sur l’eau monétaire comme jadis les prophètes sur les flots. Plus on s’endette, plus il devient possible de s’endetter.

Depuis Ricardo jusqu’à John Stuart Mill, la théorie classique enseignait qu’un Etat qui emprunte massivement absorbe l’épargne disponible, fait monter les taux d’intérêt et décourage l’investissement privé. Cet effet d’éviction fut longtemps considéré comme une loi quasi naturelle du capitalisme.
Dans les années Reagan encore, cette idée dominait totalement. David Stockman, ancien directeur du Budget américain, continue d’ailleurs d’y croire avec ferveur. Pourtant, en 2026, les faits semblent raconter une autre histoire. Les Etats-Unis affichent des déficits proches de 2 000 milliards de dollars par an. Et malgré cela, personne ne semble craindre une pénurie de financement pour le secteur privé. Au contraire : les géants technologiques investissent des centaines de milliards dans l’intelligence artificielle sans rencontrer de véritables contraintes de crédit.

Le lien traditionnel entre besoins de financement et coût de l’argent semble rompu.

Comment le système a basculé ? Cette transformation ne date pas d’hier. Elle commence dans les années 1990 avec la dérégulation financière et l’essor du financement non bancaire. Progressivement, le système financier cesse d’être limité par l’épargne réelle.
Puis vient 2008. Et surtout vient le Quantitative Easing. Les banques centrales découvrent qu’elles peuvent acheter massivement des obligations publiques, injecter des liquidités illimitées et empêcher les taux de monter malgré l’explosion des déficits.
Après le Covid, cette logique atteint une dimension historique. L’offre de liquidité devient pratiquement infinie. La Fed absorbe une part essentielle de la dette publique américaine. Les investisseurs peuvent alors emprunter à court terme à faible coût pour acheter des actifs plus rémunérateurs. Les déficits publics ne raréfient plus la liquidité : ils la créent.
Le paradoxe apparent disparaît alors : les déficits n’évincent plus l’investissement privé, ils le nourrissent. Le cercle devenu vertueux… ou vicieux. Deux mécanismes s’alimentent mutuellement.
D’abord, les dépenses publiques soutiennent directement les revenus, la consommation, les profits des entreprises et les prix des actifs. Ensuite, l’expansion gigantesque du crédit et du levier financier permet aux acteurs privés de continuer à spéculer et à investir malgré des niveaux d’endettement records.
Depuis fin 2022, des milliers de milliards de dollars de liquidité circulent via les marchés repo, les effets de levier et les circuits financiers parallèles. Même les déficits colossaux de la période Covid ont été financés à des taux extraordinairement faibles.
Peu à peu s’est installée une psychologie nouvelle : plus les déficits sont élevés, plus les marchés croient que la Fed interviendra pour empêcher toute crise majeure.

Le système devient autoréférentiel. L’exemple de l’intelligence artificielle est spectaculaire.
Microsoft, Meta, Amazon, Google et les autres investissent désormais des montants supérieurs à leurs flux de trésorerie disponibles. Les dépenses projetées pour l’IA dépassent déjà plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Et pourtant, personne ou presque ne parle encore de “crowding out”.
Les déficits publics créent la demande. La liquidité mondiale finance l’offre. Il semble y avoir de l’argent pour tout, pour tous, et sans limite apparente.

 

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