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L’Eglise Eclipsée – Episode 5

TEMOIGNAGE INEDIT

DU PERE MALACHI MARTIN

  

Premier entretien du 03 juin 1996 à New York

 

« Malachi Martin vit aux Etats-Unis. Il dit toujours sa messe, confesse et voit des personnes. Il a soixante-quinze ans et toute sa tête.

Je me présente comme un ami d’amis du Marquis de la Franquerie. Cela lui suffit à situer les choses. (…) Presque de lui-même, il me parle des Conclaves qu’il a vécus. Je lui pose deux ou trois questions. Il m’affirme que le cardinal Siri a bien été élu pape à la place de Paul VI et de Jean-Paul II et qu’il a refusé deux fois à cause de menaces faites sur lui et sa famille. Il était d’une grande famille de Gênes. Durant les deux Conclaves, aucun des cardinaux n’est sorti. Ces menaces lui ont été faites par un autre cardinal.

Je n’ai pas trop insisté sur le sujet et nous avons parlé de la crise en général. Puis, de lui-même, alors qu’il parlait de Jean-Paul II, du fait qu’il ne gouvernait pas et qu’il ne croyait pas à son infaillibilité, que l’Eglise était gouvernée par les évêques, il m’a dit que finalement tout cela posait de graves problèmes, que toutes les ordinations des prêtres par Jean-Paul II étaient invalides et que les fidèles étaient perdus.

 

Je lui ai reposé la question : “Alors vous affirmez que tout cela est invalide ?”

Il me répond avec une grande simplicité et assurance : “Mais oui puisque le sacrement a été changé au Concile”[1].

 

Alors je lui dis qu’il faudrait écrire tout cela et il m’apprend qu’il est en train d’écrire un nouveau livre sur ce sujet. Par la même occasion il me dédicace son dernier livre en anglais, qui sera traduit en français : “La maison balayée par le vent”.

« Ensuite nous parlons de choses et d’autres. Il m’apprend que l’abbé de Nantes était venu le voir et lui avait demandé d’insérer une page sur sa communauté et lui-même dans un de ses livres, mais qu’il avait dû refuser. Il a connu Mgr Guérard des Lauriers, Mgr Ngo Dhin Thuc et beaucoup de monde.

Je lui demande ce qu’il pense des sacres opérés par Mgr Ngo Dhin Thuc. Il pense qu’ils sont tout à fait valides. Il pense qu’il existe actuellement quelques 57 évêques qui ont été sacrés ainsi. Il me demande si Mgr Williamson est “sédévacantiste” de coeur ou non. Je lui réponds qu’en tout cas, il l’a été, ainsi que d’autres, mais qu’il ne le dit pas. Mgr Fellay affirme avoir des relations avec les “sédévacantistes non déclarés”. Il m’invite à revenir le voir. Ce qui se fera très prochainement ».

 

Second entretien du 12 septembre 1996 à New York

 

« Dans mon dernier récit j’oubliais de mentionner que l’on avait vraisemblablement fait un chantage au cardinal Ottaviani dans ses derniers jours pour qu’il accepte le Novus Ordo, sans quoi on ne lui donnerait pas les derniers sacrements.

Ce jeudi soir, Malachi Martin avait préparé les réponses écrites aux questions que je lui avais posées par écrit par courrier quelque temps avant. Cela dans le but d’une éventuelle publication.

Il me prévient que notre entretien ne sera pas long car il doit recevoir dans une heure, un prélat de Rome. Jean-Paul II a signé un document officiel donnant l’autorisation à un Conclave de déposer le pape pour des motifs d’incapacité physique ou de santé. Si bien qu’on ne parle plus que de Conclave à Rome… mais le prochain sera pire et la situation aussi !

Outre les réponses écrites, nous en reprenons quelques-unes de vive voix. Notamment la question du Conclave. Il me décrit à nouveau comment le refus du cardinal Siri s’est passé : “Après avoir été élu Pape et avoir lu un papier qui venait de lui parvenir, dans une enveloppe, par le rang des cardinaux, l’un des trois cardinaux présidant le Conclave s’approche pour lui demander selon les paroles consacrées s’il accepte d’être pape. A ce moment-là, Siri se dresse raide comme un bâton et prononce les phrases latines de refus sur un ton impersonnel et froid comme s’il était contraint. La raison qu’il donne de son refus est ‘propter metum’, c’est-à-dire ‘à cause de la peur’”.

A cet instant, Malachi Martin me dit que, canoniquement, cette manière de répondre pourrait être un motif pour invalider[2] le Conclave[3].

Je lui demande : « De qui émanait ce papier ? ».

Il me répond : «Il venait des cardinaux, probablement des cardinaux Villot et…[4] En tout cas c’était l’expression du refus de la Loge spéciale. Cette Loge est réservée à Rome aux cardinaux en liaison étroite avec le Grand-Orient.

Jean XXIII et Paul VI ont fait partie de la Loge spéciale»

Je lui demande de confirmer : «Jean XXIII était-il franc-maçon ? ».

 

Il répond : « Sur l’appartenance de Jean XXIII à la Franc-Maçonnerie, toutes les preuves sont dans les archives du Vatican, jalousement gardées par le cardinal Sodano. Lui-même aurait vu des photos prises par son chauffeur dévoilant Jean XXIII fréquentant les loges parisiennes ».

 

La suite de notre conversation fut un peu une répétition des réponses qu’il avait écrites. Faute de temps nous nous arrêtons là. Nous devons nous revoir le mardi suivant ».

 

[1] La question de la probable invalidité du rite post-conciliaire du sacrement de l’ordre est traitée dans la revue “Forts dans la Foi”. Rama P. Coomaraswamy, MD : “Le drame anglican du clergé catholique post-conciliaire”, n°9/10, 2ème trimestre 1990.

[2] Soulignons que le Canon 185 édicte : “La renonciation (à un office ecclésiastique) par crainte grave (ex metu gravi) est nulle de plein droit”. C’est vrai qu’il s’agit ici d’un office qu’on possède déjà et qu’on perd et qui ne concerne pas le pape mais on est obligé de tenir compte du principe qui inspire ce canon.

[3] L’Osservatore Romano du 21/03/1989 reporte un commentaire du P. Betti à propos des nouvelles formules de la profession de foi (il faudrait écrire un chapitre pour les commenter). Il dit entre autre : « La deuxième catégorie concerne les vérités et les doctrines que le Magistère propose d’une manière définitive bien qu’elles ne soient pas divinement révélées. A ces vérités doit correspondre un assentiment total, même s’il ne s’agit pas d’un assentiment de foi, car elles ne sont justement pas proposées comme divinement révélées. Par exemple, la légitimité d’un Pontife romain : son élection est un fait historique. Elle pourrait même être théoriquement entachée d’un vice électoral. Ce n’est pas le fait en lui-même qui est divinement révélé, mais il est tellement lié à la Révélation que le Magistère peut se prononcer d’une manière définitive sur la légitimité de tel ou tel Pape. Autrement, l’Eglise serait restée pendant telle ou telle période sans un chef légitime, sans un successeur de Pierre ». Cette extrait semblerait presque une réponse au témoignage publié trois ans avant, en 1986 dans “Sous la Bannière”.

[4] Le second nom est difficile à saisir. Afin d’éviter une erreur nous préférons ne pas le transcrire.

https://www.liesi-delacroix.eu/l-eglise-eclipsee-

 

 

 

 

 

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