Les grandes plateformes numériques comme Amazon, Google, Meta, TikTok ou Uber ne fonctionnent plus selon les règles classiques du capitalisme de marché, mais selon une logique nouvelle qualifiée de “techno-féodalisme”, concept popularisé notamment par l’économiste Yanis Varoufakis.
Selon cette analyse, ces entreprises ne se contentent plus de vendre des biens ou des services. Elles contrôlent désormais les infrastructures numériques à travers lesquelles transitent les échanges économiques, l’information, le travail et les interactions sociales. Leur pouvoir vient moins de la production que du contrôle des accès et des règles du système.
Quel constat fait-on ? Les vendeurs dépendent des algorithmes et des commissions des plateformes ; les travailleurs des services numériques sont soumis à des systèmes automatisés de notation et de répartition ; les utilisateurs alimentent en permanence les modèles algorithmiques à travers leurs comportements en ligne.
Dans cette perspective, les plateformes ne sont plus de simples acteurs économiques, mais des structures quasi institutionnelles capables d’influencer : l’accès à l’emploi, la visibilité des entreprises, la circulation de l’information, et la formation des opinions publiques.
Comment ne pas évoquer la philosophie politique de John Rawls pour soutenir que les algorithmes sont devenus une composante majeure de la “structure fondamentale de la société”, c’est-à-dire des mécanismes qui déterminent les opportunités et les conditions de vie des individus. Toutefois, contrairement aux institutions publiques traditionnelles, ces systèmes numériques échappent largement au contrôle démocratique et à l’obligation de transparence.
Un constat s’impose à nous tous : les politiques de régulation menées aux Etats-Unis, dans l’Union européenne ou en Asie n’ont pas réellement réduit le pouvoir des grandes plateformes. Malgré les lois antitrust, les règles sur la protection des données et les auditions parlementaires, les géants technologiques ont largement consolidé leur influence économique et politique.
Dans les faits, le techno-féodalisme manque de contre-pouvoirs comparables à ceux qui existaient dans le système féodal historique, comme l’Eglise, les corporations ou les cités indépendantes. Les plateformes numériques exercent ainsi un pouvoir très concentré sans véritable autorité capable de les limiter !
Comment ne pas évoquer encore (comme nous l’avons fait à plusieurs reprises dans certaines séries LISO) les usages militaires et géopolitiques des technologies numériques et de l’intelligence artificielle ; notamment à travers l’entreprise Palantir et de son rôle dans les systèmes d’analyse et de ciblage utilisés dans des opérations militaires. Il va de soi que ces technologies renforcent encore le pouvoir des grandes entreprises technologiques et soulèvent des enjeux éthiques et politiques mondiaux.
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